A l’occasion d’un certain travail de français l’année dernière, l’adorable Mme. Anne Marie Magnan me pénalisa sur ma pauvre copie, déjà privée de la majorité de ses points, car je disais, à propos d’ “Abarat” de Clive Barker, qu’on pouvait vraiment découvrir l’auteur, son caractère, à travers les pages.
Au moment de rendre nos travaux elle commenta qu’on ne peut jamais découvrir le caractère d’un auteur à travers l’histoire d’un livre, et que ce que je voulais dire c’était qu’on découvrait son style.
Avant tout, ma chère Mme. Magnan, je sais très bien ce que je voulais dire, merci. J’étais en 3ème, je savais la différence entre le style et la personnalité d’un auteur aussi bien que vous, sinon mieux. Et puis, je ne suis pas d’accord.
Que sont les personnages sinon une image des auteurs? Leur position dans l’histoire, ce que leurs qualités et défauts leur causent en ennuis et avantages, révèlent toujours l’opinion de l’auteur. Ici je prends pour exemple La Bruyère, qui me servira encore plus tard. La Bruyère écrivait des portraits de personnages qui n’avaient qu’un seul trait de personnalité. Des portraits satyriques, bien sûr. Ce qui exprime clairement comment il se sentait par rapport à ces défauts de caractère, non?
Généralement le personnage principal est à l’image de l’auteur. Les qualités, et les défauts, si jamais ils reconnaissent en avoir, parce que pour les faire agir avec cohérence l’auteur doit adopter un seul point de vue, évidemment le sien. “Que ferais-je devant une telle situation?”, parce que personne ne peut savoir vraiment quelle serait la réaction d’un autre que soi-même.
Mais pourquoi ce sont toujours les personnages principaux qui réfléchissent l’écrivain? Comme les scénarios des histoires sont souvent notre monde comme ils le connaissaient à leurs époques, et se sentaient obligés de la reproduire avec exactitude, où pouvait être projetée l’imagination, la marque individuelle de chaque auteur? Ce qui nous est vraiment intéressant dans un livre, ce n’est pas ce qui se passe, où ça se passe et à qui ça se passe, on s’en fout si le personnage s’appelle Brad Pitt ou Nathalie Angles (com todo o respeito u.ú). On veut juste savoir qu’est-ce que Mr. Brad Pitt/Mlle. Nathalie Angles fera quand il/elle apprendra que le monde va exploser. Bien sûr, les situations ont une participation importante dans l’histoire – situations pittoresques gèrent des réactions moins évidentes et augmentent la curiosité du lecteur – mais en fait elles ne sont qu’une excuse pour faire agir les personnages et mettre en évidence leur caractère. Si on fait un prof trop boire, il danse la Macarena sur un canapé, ce qui montre qu’il a quelques problèmes très graves (cf. festa de formatura 2007). Si on veut montrer que la Marquise de Merteuil est manipulatrice, on fait le Vicomte de Valmont tomber amoureux de Mme. de Tourvel (cf. Les Liaisons Dangereuses).
Mais si on pouvait créer un tout nouveau “arrière-plan” pour l’histoire? Si on crée un monde nouveau, on peut faire de lui ce qu’on veut, c’est une autre manière de projeter son imagination, et ce sera très particulier pour chaque auteur. Leurs univers seront à leur image. Qui ne voit pas le Neil Gaiman troublé mais ironique de l’univers parallel de Coraline? Le Tim Burton bizarre mais délicat du Pays du Halloween? Et, pourquoi pas, le Clive Barker inusité mais classique des vingt-quatre îles d’Abarat? Un homme qui introduit la magie dans son univers sans toutefois toucher à notre monde. Donc, oui, Madame, je crois vraiment pouvoir découvrir le caractère de Mr. Barker à travers la Mer d’Isabela, les vingt-quatre heures et peut-être même Chickenopolis.
Ce qui m’emmène à la deuxième partie de mon raisonnement, qui est plutôt ue critique littéraire.
Je reviens donc à La Bruyère. Les portraits de La Bruyère sont satyriques car ils sont exagérés jusqu’au ridicule. Aujourd’hui les auteurs écrivent un livre pour la jeunesse qui vend désespéramment, parfois ils ont une suite, parfois d’autres livres du même auteur sont publiés indépendamment, parfois ils traitent de sujets différents, et très rarement ils sont bons. Quelques font tant de succès que le premier, mais après cinq ans, les histoires commencent à se ressembler trop, on n’a plus rien à inventer pour les personnages, et ainsi la qualité ne fait que s’appauvrir.
Au cas où quelqu’un ait deviné, je parlais surtout de Meg Cabot. Son succès commença par la série “The Princess Diaries”, et se suivirent d’autres livres et une série très différente du reste de son travail “The Mediator”. Mais elle a connu son apogée au dernier volume de cette série, et depuis, ne fait que chuter. Ses livres consistent d’histoires d’amour, de clichés et de personnages toujours très semblables. Par le raisonnement développé au-dessus, on conclue que ces personnages sont tous à son image, et car elle essaye de citer des qualités/défauts jamais apparus avant, cela résulte enfin par des personnages fragmentés si ridiculement “mono-caractéristique” qu’ils commencent à ressembler aux portraits satyriques de La Bruyère. En plus, elle essaye d’introduire un érotisme jamais utilisé avant, mais comme toute auteur américaine contemporaine qu’elle est, elle échoue et tombe dans la pornographie de mauvaise qualité.
Meg Cabot est dévenue une déception, comme beaucoup d’auteurs du même genre avant elle, et c’est cette durée limitée de la qualité de certains auteurs qui me fait dire, “les auteurs américains de jeunesse aujourd’hui ont tous une date de validité”.
Reste savoir qu’est-ce qu’on a fait de tout ce que la génération beatnik nous a laissé.